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Biliana Nikolaeva Koleva
Botev
Il existe même aujourd’hui
dans chaque maison
dans chaque coin.
Libre.
Pur.
Et idéal.
Dans l’image du Balkan
du champ
et de la mer.
Un homme extraordinaire,
avec qui nous vivons jour après jour.
Bienvenus
Je voyage par train,
je fais le tour des terres –
les terres bulgares.
En réalité et en rêve,
je suis chez moi,
dans mon pays .
Je regarde par la fenêtre
les champs, les montagnes, les rivières
qui viennent du passé
jusqu’à nos jours.
Mais je descends à une petite gare
et je marche...
Dans des rues connues.
Je prends un sentier herbu
qui mène à une cour éclairée.
Et j’y vois au fond
une petite maison...
Sur un sol bulgare.
Une cheminée fumant
du foyer paternel,
une vigne accrochée à un balcon
ployant sous le poids du raisin
et un drapeau sous l’auvent de bois.
Je m’engage dans le sentier silencieux
et sur la vieille porte je vois :
«Bienvenus dans le pays de Botev»
et j’ai compris.
Je suis chez moi
Sur le sol bulgare.
Le train vient de partir.
J’y suis restée.
Nous vivons au pays de Botev
Yana Serguééva Radilova
Nous vivons au pays de Botev
«Celui qui tombe mort dans le combat pour la liberté, il ne meurt pas...»
Ces mots si fortes m’impressionnent chaque fois que j’ouvre un bouquin de poèmes de Hristo Botev. Je ne les relis pas pour la première fois – que de fois j’ai feuilleté les pages non seulement de ce livre mais aussi de tant d’autres livres et manuels où on peut lire ses œuvres. Que des fois j’ai entendu ces mots sages prononcés par des historiens ainsi que par des gens ordinaires. Comme si ces mots faisaient partie de l’image complète de Botev – quand nous entendons son nom, nous pensons à son portrait, à l’exploit glorieux de son détachement, à ce vers génial dédié à Hadji Dimitar. Mais comme c’est rare que nous faisons attention au sens de ses mots et que nous essayons de découvrir le sentiment que le poète y a mis. Il me semble que nous les négligeons et que nous nous en servons mécaniquement, sans saisir leur sens.
C’est de même avec moi. J’affirme toujours qu’il est une personnalité historique sans pareille, qu’il possède un esprit courageux et militant, mais à vrai dire, je le répète comme un robot qui ne veut que montrer qu’il connaît le passé de son pays. Je pense qu’il y a des gens qui s’occupent de sa personnalité et de ses œuvres et que ce serait vraiment une perte du temps si je m’en occupe moi-même – en fin de compte qui comprendra si je m’intéresse vraiment à lui. Vaut-il la peine de faire semblant qu’on est fier de ses actes si on ne ressent pas cette fierté jaillir en soi-même? C’est bête, même honteux de se nommer Bulgare si on ne se rend pas compte qu’on appartient à un peuple courageux et digne et si on ne connaît pas ceux qui ont contribué à améliorer la vie! Je ne peux pas lire dans l’âme des gens mais j’ai l’impression que notre pays est plein de «patriotes ardents» qui ne prononcent que des phrases vides sans y mettre de l’amour et de l’admiration.
J’ai l’impression que ce n’est qu’à présent que je redécouvre tout cela. C’est pour la première fois que je ressens un frisson en relisant les poèmes de Botev. Plus que jamais je plonge et je me transporte dans le passé quand le poète était encore très jeune et qu’il a embrassé un but téméraire qu’il a suivi jusqu’à la fin de ses jours. Je revois son visage au regard flamboyant et furieux et à la barbe épaisse. Je ressens dans mes veines le battement de son cœur brûlant de désir d’énéantir ses ennemis qui, en outrageant sa patrie, l’insultaient lui-même. Tout son être jusqu’à la moindre particule était certainement comblé d’amour et de haine.
Quand j’étais petite, j’imaginais souvent que son sang portait l’amour pour la patrie et que sa barbe noire dissimulait sa haine pour les Turcs. Maintenant je comprends que c’est impossible mais le fait que son âme était remplie de tant de sentiments contradictoires continue à m’étonner.
Je reviens au présent et des milliers de questions surgissent dans ma tête. Y a-t-il de nos jours des Bulgares prêts à suivre son exploit ou bien Botev est-il unique ? Existe-t-il encore des gens qui aiment leur peuple jusqu’à en avoir du mal ? Si notre pays tombe de nouveau dans l’indigence et la souffrance il y aura-t-il des héros courageux qui abandonneront leur tranquilité sans remords pour aider le peuple entier ?
Tout est entre nos mains. Nous, les jeunes, nous sommes très éloignés du monde de Botev et c’est pour cette raison qu’il nous est difficile de voir la vie à sa manière. Ce n’est pas parce que les jeunes Bulgares manquent du courage et de la tenacité – tout est une question d’éducation. Le patriotisme du poète révolutionnaire a pris racine dans son âme avec le lait matrnel et c’est pour sa mère qu’il a eu cette envie fanatique de libérer son pays. De nos jours les mères n’ont pas le temps de lire à leurs enfants les poèmes de Botev ni de leur parler du sacrifice qu’il a fait pour ses compatriotes et c’est vraiment dommage. Parce qu’on ne peut pas s’attendre à ce que l’adepte de Botev s’engage à suivre les traces disparues de son détachement et le laisser seul à lutter pour nous, tandis que nous les autres, on se cache lâchement et quand tout sera terminé, le combler de mots de remerciements !...
Il me semble que mon imagination est allée très loin – j’ai pleine de choses à faire et je n’ai pas le temps. Mais je suis contente d’avoir consacré quelques minutes précieuses à vivre ce qu’il a senti pendant toute sa vie. Il faut peut-être ouvrir plus souvent le livre et lire ses poèmes francs. Il faut de temps en temps non seulement faire des projets d’avenir mais revenir dans le passé. C’est alors que nous nous rendrons compte que nous sommes descendants de ce peuple glorieux et nous ferons tout notre possible pour garantir à nos petits-enfants un avenir prospère.